ÊTRE ARUTISTE

Plasticien d’art cérébral

 

Circonscrits autistes à haut potentiel (Asperger ; Asperger light, dits « fonctionnels ») avec diagnostic de dyslexie, dyspraxie, mâtiné d’imposture ou d’arrivisme dans les coursives scolaires ; précocité, petite folie, hyperactivité, hypersensibilité,

 

Soupçonnés poètes, décalés, fantaisistes à l’adaptation aléatoire non programmable,

 

Artistes étranges parfois étrangers à eux-mêmes,

 

Les aRutistes mordancent l’existence et le jugement de ceux qui ne sont ni autistes ni artistes car les autistes et les aRutistes ne s’ennuient jamais ! De leurs particularismes et de leurs différences, ces plasticiens d’art cérébral défient l’encrassement dans lequel trempe l’occidentalisme du progrès « moderne ». Énigmes civilisationnelles, ils/elles interpellent encore par leur nombre grandissant en ce vingt-et-unième siècle furibond ; de quatre à cinq fois plus d’hommes que de femmes sont concernés.

 

Comme des méduses à contre-courant des pensées linéaires, comme des moustiques sensibles incisifs et hermétiques, les aRutistes inoculent des questions psychiatriques et sociales auxquelles les cases-réponses (pourtant régulièrement élargies) sont déficientes, souvent ineptes. Au quotidien taxé.e.s d’extraterrestres, d’asociaux, structuré.e.s en mutico-logorrhéique selon les situations ou les états émotionnels, ils/elles s’attablent au chevet du monde en susurrant de drôles cantiques obsessionnels (comme tout acheter par trois parce que trois c’est harmonieux ; caresser l’interrupteur pour que la lumière soit plus douce donc harmonieuse ; ressentir à l’infini les blessures de l’autre et observer ce qui s’y passe, impassible, avec autant d’infinitude ; pleurer quand tous les fruits mûrs ne sont pas cueillis ; manger avec des baguettes pour éviter de percevoir la souffrance qu’ont les aliments à se faire manger…). 

 

Questionnant la remise en question et les réponses toutes cuites, 

 

Organisant le rapport à l’autre au gré d’intelligences variées et évolutives, 

 

Se réparant dans le silence de la stéréotypie rassurante, de l’humeur des arbres ou de l’odeur du vent hypnotique en faisant corps à la balaçoire ; et des activités jusqu’auboutistes, de préférence isolément,

 

Manipulant le verbe entre rapitation et précipidité pour une plus joyeuse connaissance des langues,

 

Le peuple singulier des aRutistes est  - n’en déplaise - source de multiples créations pour ceux modelés au format civil-civil (nombreux crieurs neurotypiques dans le désert des échanges). Les divers quotients qualifiant chaque aRutiste diagnostiqué à la hausse (HQI) ou à la dysfonction ne mâchent pas d’étiquette telle que « fade », « planté.e » ou « gris.e » les opposés ou opposants du registre… et pourtant ils pourraient !

 

Sans attendre la journée mondiale de l’autisme pour fuir la foule et porter des lunettes noires, il est à tout moment possible de convoquer une grammaire neuro-musculaire fine pour interagir, dès l’aube, avec les embarras et les difficultés d’apprentissage ou de relation. Usons de la kinésiologie pour (re)mettre de l’ordre dans le mouvement, de la cohérence sociale et une verbalisation d’émotions enkystées. En faire quelque chose, poursuivre ses autisteries en transformant les catastrophes en trophées. Tout est là. Tout est possible. 

 

La droititude sociale me tue. Par chance je suis gauchère.

 

Ô miroir, miroir,

Es-tu artiste ou autiste ?

Allons structurés !

Colère à l'oeuvre

essai, 606 pages

Editions Geuthner

www.geuthner.com

52€

ISBN 978-2-7053-3920-3

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© Catherine Breant