DES CONTOURS AUX ATOURS

Accords du Corps

Extrait de Colère à l'œuvre

 

"Zehuti/Thot initia l’entretien fondamental de la plasticité du corps. Comme l’écriture sertit la parole divine ou la pensée terrestre, cet entretien maintient les contours physiques à l’image du déterminatif égyptien Shen qui symbolise la protection. Les membranes fibreuses gainantes, à la fois souples et résistantes, que sont les fascias, structurent et unifient le corps humain. Les fascias :

  • soutiennent les vaisseaux lymphatiques et sanguins ;
  • protègent les viscères et les organes ;
  • permettent la mobilité des chaînes musculaires et leurs liaisons ;
  • propagent les phénomènes d’inflammation et d’infection en cas de déséquilibre ou d’agression.

Avoir de bons contours protecteurs, en profondeur comme en surface, a donc du sens. L’harmonie des fascias dans le mouvement permet au corps humain d’accéder à une régulation, une auto guérison parce qu’ils sont riches en récepteurs sensitifs et porteurs de sa « trame de vie ». En ostéopathie, le mouvement respiratoire primaire (MRP) que le praticien perçoit par le toucher est possible grâce à la structure des fascias. Le symbole sanskrit swastika qui signifie littéralement « qui conduit au bien-être », désigne l’effet énergétique que procurent les mouvements de cet entretien fondamental de la plasticité du corps.

 

Aujourd’hui, la santé occidentale est promise au védisme, ce qui au-delà du fait d’être soumise à un effet de mode est plutôt une saine idée.

 

La science des Véda, l’Ayurveda, promeut la longévité de l’individu en lui proposant une alchimie alimentaire (organisée selon le tempérament, les saisons) différentes sortes de yoga et une dimension spirituelle dénuée de religiosité si des règles bouddhiques strictes ou hindouistes ne s’y mêlent pas. Dans un élan de générosité sémantique, Tinia soutien le soin du corps qui correspond au massage ayurvédique Abyanga (à l’huile chaude), unifiant et dynamisant, avec la décomposition limpide de TIN-ÌA :

 

TIN vie, vivre ; être en bonne santé ; soigner

ÌA crème, huile, graisse

 

Les trois principes fondamentaux du massage ayurvédique repose sur l’étude de trois constitutions dominantes, de base :

  • VATA/mouvement
  • PITTA/énergie motrice
  • KAPHA/stabilité, structure

Ils correspondent respectivement aux trois aspects de la conscience :

  • VATA/RISI perception individuelle
  • PITTA/DEVATA processus d’observation
  • KAPHA/CHANDRAS objectivité

La littérature védique nomme SAMHITA, la connaissance qui unit ces trois valeurs en un champ unifié.

 

De l’éveil au massage à l’éloge du partage

Masser, c’est faire connaissance avec les fascias de l’autre et rentrer en interaction avec ses champs électromagnétiques. Bien ancré dans son bassin et non « dans ses bras » le masseur explore la maîtrise de son geste et sa tranquillité de cœur, donc d’esprit. Son énergie parcourt la géographie de la personne assise ou allongée par le va-et-vient continu de pressions glissées, spires, boucles, cercles ; et par l’alternance de pressions ponctiformes, vibrations, étirements, mobilisations, drainages des extrémités. Vigilant, le masseur favorise l’accueil et l’abandon dans un lâcher prise actif/passif ; ce qui permet au patient le contact avec soi (reconnaissance cellulaire), la délivrance ou l’acceptation de schémas comportementaux inscrits dans le corps (« quand vous me massez là, j’ai mal comme ça » ou « quand vous me massez comme ça, je pense ou ressens cela »). Et ce, d’autant plus, que les impulsions sensorielles projetées sur la physiologie n’atteignent l’esprit conscient que s’il est éveillé1 ; s’endormir durant un massage de ce type est donc dommage (déconnection du corps) car le thème fondamental de l’Ayurveda vise « l’élimination du sens de la séparation entre le Soi pur illimité et les expressions limitées de la vie relative2». 

 

Dans le corps, les impulsions somatiques sont véhiculées par les mille portes de la Kundalini.

 

L’échange du donner/recevoir est une danse épidermique, musculaire, viscérale, nerveuse et osseuse. Le siège principal du Veda étant le système nerveux central, celui-ci assure, avec la peau et le cristallin, la « qualité de communication et d’éloquence » de chaque individu. La peau représente l’interface. Haruspice de la métaphore, le masseur ayurvédique « voit » (cristallin) sous la peau » et restaure l’unité et le dynamisme de son patient. On se souviendra par ailleurs du « pilier » énergétique de la colonne vertébrale qui protège la moelle épinière, plus ancienne partie du système nerveux central.

Le macérât huileux, chaud, facilite et augmente l’échange ; des huiles essentielles peuvent en magnifier la facture. Certaines synergies, comme celles agissant directement sur les couples organiques (F/VB, Rte/E, GI/P…), énergétiques (VC/VG) ou spécifiques – tonifiantes, rafraichissantes, drainantes… – sont puissantes. Par exemple, pour multiplier le potentiel électrique du corps, l’huile essentielle de menthe poivrée peut être ajoutée au macérât pour ses propriétés rafraichissantes. À l’inverse, le potentiel électrique du corps peut être divisé par l’ajout d’huiles essentielles chauffantes telles que celle de gaulthérie, de girofle ou de camomille romaine (toutes trois anti douleurs, anti inflammatoires).

 

Long et complet, ce massage indien restitue la complexité de sensations parfois jugées muettes, exagérées ou taries dans notre réalité. Chaque sensation a son importance, son discours. La respiration crânienne, la lumière de la peau, le rythme du souffle, la place des organes, l’animation de la structure, la vision intérieure et la réintégration des contours, permettent une reconnexion à Soi, puissante et immédiate. Le champ du cœur peut s’étendre. Le chant du cœur peut s’entendre – a minima – par « je sens qui je suis, j’accepte mon énergie de vie ».

 

Le massage, bénéfice à créer ou changer un ordre physiologique 

Dans cet échange, l’enchaînement des manipulations dont certaines sont sonores agit comme la verbalisation d’une prière car les sons du Veda « transforment » le corps humain (la structure du Rk Veda est identique à celle du corps) : « les sons des syllabes des versets et des hymnes (mantra) du Veda et de la littérature védique représentent des fréquences dont les vibrations animent certains aspects spécifiques du corps »3.

  • Les cellules correspondent aux mantras (sons, syllabes), aux impulsions synaptiques – prière, chant.
  • Les espaces intercellulaires correspondent au Brahmana (le Silence), aux intervalles synaptiques – méditation, silence.

 

Par la dynamique du massage qui apporte des variations extérieures au patient (et par effet rebond au niveau de son ADN), toutes les connections nerveuses sont sollicitées, et sont soumises – de par l’alternance impulsion/silence – à une totalité. Dans cet espace, repos et vigilance se complètent. En profondeur, la valeur 8 codifie 3 niveaux de transmissions en inscrivant un rythme :

  • 1er niveau : les transmissions des zones périphériques au cortex se font en 8 étapes, séparées par les intervalles synaptiques ;
  • 2e niveau : le son transmis (vibration, percussion) véhicule au corps une information émotionnelles, physique, mentale… en 8 étapes ;
  • 3e niveau : le corps conscient répond au son en 8 étapes par la détente, l’éveil, une réaction…

 

Application thérapeutique du massage Abyanga

Effectué en récession d’âge dans le cadre d’un protocole thérapeutique ACM Concept®, ce massage agit par conséquent comme une correction globale et une reprogrammation profonde ; l’ajout de mouvements archaïques lui est très complémentaire. On retrouve dans cette application restauratrice, les éléments clés d’un travail en « stress profond » ; à savoir la défusion émotionnelle d’une situation passée (associée à un état émotionnel réactivé, lui, au temps présent) qui génère un nouveau choix du traitement des informations, une nouvelle compréhension de la posture et de l’interaction possible des chaînes musculaires, un nouveau comportement social à mettre en place pour valider et expérimenter le travail sur soi réalisé. Mais le plus important dans ce massage en est la qualité de réception qui s’oppose aux mouvements gymniques (Brain Gym) habituellement pratiqués, sur un mode d’émission. Dans l’approche « Corps-mémoire » du massage, celui-ci  permet  d’atteindre, sur  une  ligne de  temps présent --->  passé, des mémoires « enkystées » dans des périodes de vie où le corps ne se structurait que grâce à la réception de stimuli, et durant lesquelles des blocages (les fameux « stress profonds ») ont pu compromettre le développement de tissus, connexions ou systèmes. Les constitutions dominantes que sont VATA, PITTA et KAPHA ne sont pas prises en compte dans cette application thérapeutique. Le test musculaire fait office de traceur d’information et permet d’aller directement vers la cause du ou des blocages, quelque soit la constitution de base. En revanche, la notion de « champ unifié » (SAMHITA) qui lie les trois valeurs RISI, DEVATA et CHANDRAS qui leurs sont associées, est pleinement respectée.

 

Passive et éveillée, la personne réceptive répond au rythme des différents touchers (pression, pétrissage, effleurage, percussion…) et laisse ainsi jaillir – si besoin – ses émotions enfouies, timides, inadéquates ou perverties. Des tensions s’évanouissent, cris ou pleurs sonorisent des limites, des ressources se dévoilent, l’apaisement vient, la personne se (re)approprie ses contours, son intérieur. En profondeur et selon le degré de perception, de prise de conscience et d’avancement en thérapie psychocorporelle, l’accès à une différenciation morale ou intellectuelle ainsi que l’intégration globale d’une nouvelle conscience de soi émerge. Nombre de témoignages porte sur l’amplitude de souffle améliorée, la récupération de muscles déliés, la concrétisation d’un équilibre. Les personnes très réceptives contactent une sensation de plénitude aquatique4. D’autres repartent, après un premier massage, avec la forte sensation de s’être « rencontré ». 

 

Une fois n’est pas coutume, la décomposition syllabique nourrit le discours ; MAS-SA-GE et MAS-SE-ER sont à l’honneur :

 

MA-AS-SA-GE « lier les chaînes de muscles - tenir ferme/être fort »

MAŠ-ŠÁ-GE « bénéfice intérieur [à] être fort »

MAŠ-SA7GE4 « bénéfice - créer - changer un ordre »

MÁŠ-SAG4-E4 « examiner la cuirasse d’eau », ce qui dans un contexte de drainage lymphatique est indiqué, notamment par la vidange ou la stimulation de la citerne (PÚ) de Pecquet.

MÁŠ-SAG-GE4 « examiner l’homme assiégé/enfermé »

MA4-AS-ŠÁ-GE6 « quitter les chaînes de/à l’intérieur de l’être sombre » (le « libérer »)

 

MÁŠ-ŠÉ-ER « examiner aussi loin que les larmes/plaintes »

ou « présage/signe - briller fortement ».

 

Par la répétition de pressions ou percussions, la canalisation énergétique globale se met en place (régulation, dynamisation ou frein de la circulation de tel ou tel méridien.) L’exemple subtil de la prise de pouls éclaire le processus : l’interaction toucher/champ électromagnétique de la zone cutanée se traduit par une connexion aux capillaires dans lesquels circule le sang. Selon l’intensité du toucher (léger ou profond) dans le but de solliciter une partie du corps, un appel simple donnera une impulsion, un appel répété marquera un rythme. Dans le cas très particulier du massage, le patient dévêtu est vulnérable de par l’exposition de sa peau, de ses champs électriques et magnétiques ; ainsi que par l’interaction permanente de son champ cardiaque avec celui du masseur.

 

En fin de massage, un toucher continu et contournant du corps, poursuivi d’une spirale qui se termine de face, au nombril et de dos, au sacrum, délimite ou ancre le donner/recevoir effectué. Ce tracé continu, tel une longue phrase muette se forme comme un mandala (= graphisme de la totalité, du tout) dont le principe est de « dépasser la pensée pour projeter vers les autres ce qui aura une vie propre5 ». Sur le corps, ce tracé ancre l’énergie du moment, sa totalité ; délimite une nouvelle saison intérieure et une meilleure cohésion des différentes parties du corps."

1 La Physiologie humaine L’expression du Veda et de la Littérature védique Tony Nader - sous la direction de Maharishi Mahesh Yogi.

2 Ibidem.

3 Ibidem.

4 Netra Basti : soin ayurvédique consistant en un massage oculaire interne effectué avec du beurre clarifié (ghee). Il est effectué jusqu’à obtention d’une sensation « aquatique ». Le massage à l’huile, par ailleurs et d’une manière générale, restitue, restaure ou amplifie l’éclat du visage (= lumière interne visible sous la peau).

5 Marcel Locquin, chercheur français, mycologue et biologiste (1922-2009).

Colère à l'oeuvre

essai, 606 pages

Editions Geuthner

www.geuthner.com

52€

ISBN 978-2-7053-3920-3

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© Catherine Breant