Avant-propos

       Traiter de la colère  consiste, ici, à explorer différentes facettes de la puissance de vie qui anime l’homme dans l’univers et de la puissance de l’univers qui influe sur l’homme. Qu’elle soit plasmatique, divine, guerrière, sur autoritaire, antisociale ou viscérale, la colère est source d’éveil ou de destruction. Electrique, elle préside au mouvement du monde, à l’impulsion de toute forme de vie (contenant de l’eau notamment) et par voie de conséquence à la genèse des gestes et réflexes de l’homme.

 

     Dans le corps humain, la colère est énergétiquement liée au Foie et à la Vésicule Biliaire. La mélancolie la sous-tend, la joie la transcende. A la manière d’une centrale nucléaire qui produit des éléments subtils lourds ou légers, le Foie est le centre énergé(né)tique qui permet - d’un certain point de vue - le processus d’autonomie ; et auquel le mythe de Prométhée « le Prévoyant » se rattache. Gouvernés par de nombreux systèmes, nos mouvements expriment la foi que nous avons à mettre en acte nos pensées et engendrent nos réflexes ; ils traduisent nos comportements, eux-mêmes déterminés par une structure spécifique. Notre conception du mouvement est par ailleurs souvent verrouillée mentalement, avant d’être explorée physiquement ; ce qui crée en nous des excès de limites.

 

    Tout bouge à chaque instant, tout mouvement implique une remi-se en cause de l’équilibre dans le déséquilibre. Toute idée nouvelle remet en question, pose et/ou pousse des limites.

 

Postulats, prétextes & audace

     Au fond, le thème de la colère est un prétexte pour explorer nos limites électriques et émotionnelles, leurs possibles modifications et leurs interactions ; dans la relation à soi et aux autres ; ainsi que dans le rapport humanité/divinités en ce qui concerne le joug religieux d’une part et la maîtrise de l’autorité juste - pour soi-même et pour autrui - d’autre part. L’introspection de notre corps dans le ressenti et la mise en actes de nos intentions visent en cela le contact, l’exploitation et l’intégration de nos ressources propres (lumineuses, intellectuelles, physiques, etc) ; et l’acquisition de nouveaux atouts, afin de devenir maître de soi-même.

 

   Même si de nombreux(ses) sages illuminent et pacifient nos relations grâce aux prières collectives et aux méditations, rien n’indique qu’elles sont toutes pratiquées en pleine conscience et qu’elles n’ont que des retombées positives d’ancrage et d’ouverture au changement ; car elles peuvent être lénifiantes à l’extrême et perverses. La pratique religieuse plutôt basée sur un système patriarcal (cadrage de croyances, délimitation millénaire d’espaces et de temps) côtoie les dérives sectaires, les processus de mentalisation. Entrave du corps, elle y inscrit plutôt des limites de pensées, plus qu’elle ne le magnifie.

    L’agencement du raisonnement lié à de tels propos s’appuie sur le principe homéopathique - avec ses supports galéniques et ses mémoires d’ondes – pour signifier l’importance de l’invisible dans le visible et celle de la somatisation dans les rapports humains. La télépathie, qui est au cœur de cette même relation invisible/visible dans la psyché humaine, ne peut être écartée de ce principe car elle en illustre le principe d’une certaine manière. D’abondantes références à des remèdes homéo-pathiques sont faites pour dégager des exemples de comportements animal, végétal ou minéral et auxquels l’homme est sensible dans son environnement ; ainsi que des concepts et des symptômes. Quelques remèdes hépatotropes sont présentés dans le détail pour leur utilité drainante, curative ou préventive (comme on le trouve dans les Matières Médicales) ainsi que pour leur potentialité dans la « levée » de mémoires collectives et individuelles moins connue ; et portant à réflexion.

  Par ailleurs, la vie chimique selon le Tableau des Eléments Périodiques est largement appelée. Le classement de Mendeleïev est bel et bien un curieux outil de travail et un référentiel adéquat, pour sentir à quel point un élément chimique n’est pas une substance mais un état de la matière.

 

  Initialement, l’haruspicine étrusque m’était apparue évidente et intéressante pour édifier un mémoire en homéopathie sur le thème de la colère et y présenter en détail des draineurs majeurs du Foie ; mais de mémoire, ma mémoire s’abstint. Les Etrusques détenaient des livres d’haruspicine pure mais aussi un calendrier de brontoscopie. C’est-à-dire que la vie des désordres cosmiques et atmosphériques avait une importance capitale dans leur quotidien. L’interprétation des foudres (traduisibles en colère divine ou « Tonnerre, esprit parfait ») commandait aux hommes. Quoi de plus simple alors que de relier le concept étrusque de Tin (alias Jupiter/Zeus, dieu suprême) avec l’autorité d’action que l’énergie du Foie dispense et avec la correspondance « planète Jupiter/métal étain » ; sachant que l’anthroposophie propose des remèdes à base d’étain dans les pathologies articulaires (mouvement), respiratoire (souffle) et humorale (mélancolie) ?

     

    Faire-valoir, la civilisation étrusque de réputation dynamique et créative, est une trame pour tisser un support au moteur qu’est la colère. L’haruspicine en est le fil (les peuples antiques conditionnèrent le « socle cellulaire » de nos rapports défense/agression - instinct de survie - et construction/mouve-ment - évolution civilisationnelle - ; socle depuis le-quel nos colères et nos peurs ne cessent de nous faire avancer).

       

      En Europe, les travaux de recherche et d’analyse sur les vestiges de la civilisation Etrusque peuvent nous apporter une compréhension évolutionniste de notre rapport à l’univers en général ; et de notre rapport à cette même civilisation, en particulier. En témoignent les différents angles exposés depuis une centaine d’année. La dernière exposition française Étrusques, un hymne à la vie (Musée Maillol, Paris) présente enfin publiquement le lien subtil mais marqué entre la civilisation égyptienne et celle étrusque. Tandis qu’auparavant, le lien était gardé confidentiel ou sous-jacent et imprécis.

 

    A son déclin, la tradition étrusque perdit le cadre normal de son existence. L’Empire romain conquit la région toscane et initia l’empire du blé, torve. L’haruspicine rejoignit l’ombre. L’empreinte judéo-chrétienne et ses codes, symboles et prières, le culte de la peur et l’interprétation de certains écrits antérieurs nourrirent différents courants religieux. Souvent mercantiles ou déviants, ces courants permirent de (re)fidéliser les hommes et femmes « brebis » demeurant, ainsi que leurs générations futures ; dans un sfumato de cohésion humanitaire. Nombre de règles civiques typiquement étrusques furent absorbées par leurs successeurs romains, dont l’origine se perd dans d’obscurs millénaires. Un « Un conscient » collectif cousu de croyances ramifiées nous unit encore à ce jour …

 

    Plus proche dans le temps, la culture Dogon, amplement médiati-sée depuis la vague ethnographique des années 1930/1950, apporte une compré-hension originale et complémentaire - grâce à une cosmogonie - du rôle du Foie dans la pratique de l’haruspicine bien qu’une telle pratique lui soit étrangère ; et du rôle matriciel d’une certaine constellation. Par ailleurs, les Dogons ont trace dans leur histoire d’une mémoire des époques sumérienne et égyptienne qui connurent des pratiques médicales, pour lesquels le rôle du « divin » fut déterminant. La connaissance de l’haruspicine mésopotamienne - dont est issue celle étrusque et pour laquelle les écrits en français se font rares – est mal connue ou tenue secrète. Ici, quelques données telles que celles portant sur le Dieu d’eau dogon, le Serpent Instructeur sumérien, le Dragon chinois, le Yi-King et d’autres références, colorent en profondeur l’haruspicine étrusque.

 

Rédaction multidimensionnelle

    L’idée initiale d’un mémoire catalogue s’étant donc envolée et celle d’un écrit singulier s’étant profilée, c’est une recherche parallèle dirigée vers le langage métaphorique dédié au corps, au temps de Sumer, qui a peut-être bien orienté ce choix inconscient d’une rédaction multi-dimensionnelle ; selon la partie traitée, le chapitre ou la portion de texte à mettre en valeur. Dans un esprit de « corps de texte », le propos qui suit est ainsi :

  • initié par une (clé de) portée nucléaire (avec pour exemple la catastrophe de Tchernobyl) ;
  • traité tour à tour de manière :

    -  linéaire, scolaire, analytique ;

- synthétique dont tableaux à entrées simples ou multiples ; analogique ; poétique dont la forme haïku ;

  • porté par des exergues qui comme toute étincelle attise le feu de la réflexion ;
  • terminé par une note dissonante de notre rapport à l’eau dans l’invisible et l’infime ; et de notre rapport au nucléaire avec la catastrophe de Fukushima.

   Pour lit du verbe, un exercice de sémantique est alimenté par l’utilisation de lexique et syllabaire suméro-akkadien. Il permet de contacter ou retourner (à) la source de phonèmes anciens, originels et millénaires, via un langage matrice. Le concept akkadien de « Foie » (kabatu) en est le cœur.

 

Renforts

    Si lire J. P. Farell, A. Perrat ou Talbott et Thornhill a nourri ma quête et comblé des manques quant à l’existence d’un univers électrique, c’est la vie atomique selon Walter Russell qui m’a permis de considérer plus globalement le principe d’éveil et de destruction. La lecture des travaux d’Anton Parks (chercheur et linguiste spécialisé en sumérologie), m’a de plus grandement aidée. La rigueur de cet homme me semble exemplaire et me touche. En me procurant lexique et syllabaire sumériens (L-J Bord, R. Mugnaioni) et un manuel d’épigraphie akkadienne (R. Labat), j’ai plongé à mon tour dans quelques profondeurs lexicales. La lecture de ces manuels m’a rendue triste, nauséeuse, furieuse, épuisée, admirative. Les signes archaïques - qui sont le fondement de l’écriture - mués (avec le temps et l’évolution des matériaux) à l’écrit en signes cunéiformes puis en lettres et syllabes et à l’oral, en phonèmes, portent certes les traces d’un monde qui n’est pas le nôtre mais dont ils véhiculent une mémoire archaïque et des sens originels, au travers l’évolution phonétique. Chaque phonème porte une ou des empreinte(s) particulière(s). Chaque assemblage de particules (un mot) est un univers. Par conséquent et pour s’accoutumer au fait qu’un mot peut renfermer divers sens ou que sa conception peut être source de plusieurs mots, le concept de « langage », à l’époque de Sumer, est un exemple intéressant car différents termes principaux l’ont défini :

  • Emenita d’où provient directement le sumérien et qui désigna littéralement le « langage des hommes » ;
  • Emean, surnom que les hommes ont donné à l’Emenita et qui, lui, désigna le « langage du ciel » ;
  • Emešà qui fut le langage matrice présumérien qui englobe le sumérien et l’akkadien et qui est la clé de codification de toutes les langues de la Terre, dixit A. Parks. Emešà désigne littéralement « entrailles/cœur/intérieur de la langue ». Ce langage codifia des sens profonds ou la définition initiale d’un vocable ou d’un phonème de base. L’idée d’apporter à l’homme la connaissance réside dans l’emploi de cet Emešà par l’intermédiaire de gardiennes bienveillantes, génitrices.
  • Quant à la valeur Eme-sal, elle désigna littéralement « langage matrice ». On la trouve de temps en temps clairement mentionnée dans les syllabaires quand il s’agit de noter une équivalence de phonèmes entre le sumérien (langage des hommes) et l’emesal.

 

   Ce langage matrice dont parle Anton Parks, sert ici la décom-position personnelle de certains mots ou noms de remèdes. La découverte de ce langage m’a ouvert des voies d’accès pour mieux circuler dans le monde de l’hépatoscopie ancienne et vers sa délicate association au monde divin. Bien que novice, je me suis ainsi attelée à diverses décompositions de mots et l’exercice qui consiste à extraire le signifié de chaque particule d’un mot actuel ou ancien, selon le contexte dans lequel il se trouve, révèle ainsi une nature profonde parfois très précise ou bien différente que celle de son sens global, connu. Différentes interprétations sont régulièrement présentées pour un même mot selon ses contextes. Le lecteur pourra de plus se faire sa propre idée lorsqu’aucune interprétation n’est proposée. L’effronterie m’ayant gagnée, elle se diffusera peut-être à certains.

 

      Les errances personnelles (antérieures à ce travail d’écriture) qui m’ont menée vers l’art de la poterie (empreintes végétales et peau serpentine notamment) et vers l’art du mouvement (en m’initiant au trampoline avec des autistes adultes) m’ont indéniablement portée vers une perception gauche de la mélancolie, du pardon et de la grâce. Ecouter les productions de Jordi Savall et de Hill Pearl à la viole de gambe y a de même contribué. Ma sensibilité à la colère s’est fondue à ces errances, à ces mémoires – terreau probable de ce livre.

 

Articulations de texte

    Chacune des trois parties qui cadrent ce texte appelle ou répond aux deux autres. La première intitulée Jadis & Profondeur fait valoir l’empreinte vitaliste de la civilisation étrusque pour soutenir une conception méditerranéenne de notre rapport au divin. De là, une interprétation de « genèse du mouvement » explore des repères connus - tels que la composition moléculaire de l’eau et le rôle des ultrasons - ou peu connus - tels que la pensée dogon, porteuse d’un dieu d’eau et de données astronomiques ou hépatiques. Cette genèse dont une, minérale, fortement liée à l’Etrurie, aborde la complexité du divin et prévaut au tempérament sanguin. Le Foie, maître de la Parole est de son côté exposé par l’organe et la symbolique ; l’haruspicine étrusque servant à entrevoir ce qui lia le « Jadis » et la « Profondeur » à la notion de mundus - origine du mot « monde » - et à la thématique du losange - forme géométrique lié à l’énergie primordiale et au Foie.

       

     La seconde partie, définie par le néologisme Homéopatrie, excave quelques remè-des homéopathiques pour proposer un éclairage différent de celui habituellement servi. Dans ce cadre, la décomposition syllabique ouvre peut-être un champ de réflexion quant à la maîtrise de l’oralité ; et quant à notre connaissance du tandem bourreau/victime qui est en chacun de nous et que l’on projette à l’extérieur de soi.

 

   La troisième partie dédiée au corps et résumée par l’idée de Bénéfice Intérieur ancre la dimension de « structure et fonction », toutes deux déterminantes dans la façon de bouger, de penser : agir et se comporter.

     

   Complémentaires au fondement homéopathique, aux médecines chinoise et ayurvédique, la compréhension de l’interaction des chaines musculaires et un travail psycho-corporel lié à la kinésiologie, prêtent à conscientiser efficacement le déploiement de « l’être en devenir ». Les chaines postéro-latérale et antéro-latérale, qui sont antagonistes et complémentaires, sont présentées en ce sens ; spécifiquement concer-nant la colère et la domination /soumission, par rapport à leur influence posturale. Le corps humain est un véhicule dense de rythmes, de couleurs et de sensations que seul le mouvement permet de générer, régénérer. L’entretien de sa plasticité, qui équivaut à l’écriture de ses contours par l’intermédiaire des fascias, est primordial.

 

    Dans l’absolu, après que la mise en terre de l’homme fut réalisée (l’argile et le sang ont une origine conceptuelle commune) et que l’art du feu (poterie, métallurgie,  alimentation) fut exploité, il resta à l’homme le soin d’unifier et dynamiser son corps pour le meilleur de son monde intérieur (feu) ; comme pour le meilleur de ses mondes extérieurs. Le modelage du corps physique par divers exercices ou manipulations est à l’image de la cohésion sociale (de clanique à planétaire) qui forge des réseaux de pensées ; et de l’éveil cognitif dont les limites sont sans cesse à explorer, parfois à dépasser. L’homme uni vers demain est le grand façonneur de lui-même et de l’échiquier qui le porte.

Colère à l'oeuvre

essai, 606 pages

Editions Geuthner

www.geuthner.com

52€

ISBN 978-2-7053-3920-3

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© Catherine Breant