Extrait

5 - TINIA

Le Ciel en mémoire & le Corps en examen

 

Foudre et Tonnerre !

à chaque éclair

le monde guérit

Kabayashi Issa (1763-1827)

 

Divers modèles d’agencement planétaire ont été et sont envisagés pour décrire la ronde et l’effervescence de notre système solaire, il y a des dizaines de milliers d’années (ou plus) et moins ; moyennant quelques déluges, cataclysmes et inversions des pôles. Au début des années 2000, Robert Schoch, (archéologue, géologue, géophysicien), mit en ligne une vidéo présentant la drôle hypothèse d’un agencement planétaire comme divers sphères en rebonds constants, au sein d’un cylindre, moyennant quelques échanges électromagnétiques stables et instables. Mon sang ne fit qu’un tour pour y voir des granules dans un tube ; granules astrales que l’on dynamiserait (rebonds constants) pour optimiser le remède (une fréquence planétaire) qu’ils portent (interactions électromagnétiques).

 

Des données obscures et encore bien incompréhensibles pour les chercheurs d’aujourd’hui limitent l’entendement quant au déchiffrage de langues anciennes. Dans cet essai, le sumérien est à l’honneur parce qu’il représente la plus ancienne langue connue à ce jour et qu’une origine de monde(s) y est inscrite. Quelques sites de la vallée de l’Indus, de l’Amérique et d’ailleurs recèlent bien d’autres langues, non encore déchiffrées. Lorsqu’elles le seront, il est fort possible que les connaissances actuelles du sumérien seront remises en question, du fait de l’horizon élargi que permettra le nouveau déchiffrage ; et qu’une certaine effervescence animera les débats.

 

En attendant, Tinia renferme de formidables associations de phonèmes sumériens dont celle salutaire : TI-NÍ-A « vivre, laisser vivre ou rester en vie - soi-même ». Justicier dont les foudres ordonnent aux hommes, TI-NÍ-A dévoile par ailleurs dans son contexte divin : « flèche puissante du père », que l’on peut assimiler au pouvoir religieux du trident fatal avec lequel il fut représenté, tel Zeus et Jupiter ; ou bien « support de la crainte sacrée du père ».

 

I - Corps de Texte

 

C’est sans doute par habitude millénaire que la santé est encore trop largement perçue depuis un point de vue médical, donc sous un angle plutôt pathologique et non vitaliste. À lire le manuel d’épigraphie akkadienne de René Labat, dans lequel sont répertoriés les différents genres de textes qui existèrent de l’époque proto-sumérienne (signes primitifs anthro­pomorphes ou zoomorphes, pictogrammes et idéogrammes) à celle assyrienne récente (valeurs idéographiques et phonétiques), aucun genre de textes ne comprit spécifiquement la santé si ce n’est sous un angle médical ou hépatoscopique (dont métaphore et jeu de mots). Des minéraux, des parties animales (graisse, boyaux) et des végétaux (dont les céréales et ceux dédiés au tissage ou à l’habitat) furent couramment représentés et figurèrent dans des textes de tous genre. Par exemple, « pommade aromatique »exista dans le genre de textes économiques ou contrats, ce qui laisse supposer un négoce courant de produits de soin. Autre exemple, « grain à son plus haut degré de maturité »figura dans le genre de textes médicaux et c’est par une métaphore que cette expression s’interprète car la valeur ŠEdésigna tout autant le « grain » de céréales (orge, épeautre, sésame) que le « grain de beauté » dans le vocabulaire des présages. Le grain de beauté proéminent fut ainsi à son « plus haut degré de maturité ». La « pomme de pin » figura, elle aussi, au registre médical alors qu’aujourd’hui, elle serait plutôt classée au registre botanique, forestier ou culinaire, ses pignons étant précieux (la gemmothérapie actuelle, quant à elle, nous offre Pinus Montanapour soutenir ou relancer la qualité du cartilage articulaire).

 

La frontière entre domaine religieux et domaine médical fut souvent très mince. ŠÉŠ qui désigna « frotter, oindre » dans le vocabulaire religieux, médical, littéraire et présagique, désigna « pleurer » dans le vocabulaire scolaire (comprenons alors que pleurer revint à répandre un fluide comme on applique une huile). L’onction qui consiste en l’application d’une huile « sainte », n’apparaît recensée, de son côté, qu’au vocabulaire médical et à celui des présages.

 

Concernant les humeurs et l’équilibre physiologique acido-basique, les notions d’alcalinité et d’amertume, tant pour des plantes que des préparations, figurent souvent dans les listes. Quelques ustensiles propices à l’utilisation de l’eau ou de l’huile sont également présents.

 

Si la santé occidentale est affaire courante de nos jours et qu’elle englobe l’alimentation, l’activité physique, l’aisance émotionnelle et le confort moral, il n’est pas certain que cela fut le cas il y a des millénaires. Les vocabulaires présents dans des syllabaires et lexiques ne fournissent pas précisément d’ode au soin du corps et de la personne en général (la vie agricole, le joug administratif, le culte religieux et la vie astronomique sont majoritairement décrits). En revanche, l’emploi métaphorique des parties du corps eut la part belle et les textes poétiques ne furent pas rares (épopées, dithyrambes, joutes) mais pas forcément accessibles par toutes les classes sociales. Certaines capacités physiques purent être décuplées grâce à la poésie ; des sens, étendus ; des attributs, embellis. Une pratique sanitaire exista cependant du temps de Sumer et suivants, et c’est plutôt du côté de la prévention qu’on la détecte entre les lignes, avec le vocabulaire relatif au drainage aquatique et les textes traitant des présages et de l’hépastocopie (mais de fait, toujours lié au divin)

 

sag-aka désigna « prendre soin »,

SAG tête ; homme ; serviteur ; premier ; premier choix

AKA  faire

AKA2 mesurer, examiner, peser

--> Dans la prévention, « prendre soin » équivalut donc à « examiner l’homme », « examiner en premier » ; dans l’action, sag-aka put représenter le « serviteur fait ».

 

Dans son roman Les Fils du Nil, Wilbur Smith ne s’y est pas trompé en prénommant Tinia la favorite de son héroïne Mintaka. L’histoire se passe au deuxième millénaire avant JC, en Égypte. Le rôle d’une esclave favorite est d’être dévouée aux soins du corps les plus intimes de sa maîtresse dont ceux à base d’huiles, d’onguents, d’enfleurages, de crèmes, d’eaux, etc. Par excellence, cette Tinia assuma le rôle de « prendre soin » (sag-aka) en étant au service (sag-aka         "le serviteur fait") de Mintaka. Notons que dans ce roman le prénom Mintaka, terme typiquement sumérien qui désigna clairement la 2ème étoile du baudrier d’Orion, est contemporain de Tinia, prénom qui exista peut-être depuis des millénaires avant l’époque étrusque ; et pas encore relié à Jupiter mais à la santé et à la vitalité, comme ce fut le cas de Voltumna le changeant, épiclèse étrusque de Tinia lorsqu’il présida aux saisons et à la fertilité.

 

Durant l’Antiquité, les thermes ou leur équivalent à petite ou grande échelle, furent édifiés à des fins sanitaires, avec pour valeur ajoutée : la convivialité, qualité qui n’apparaît pas clairement dans un syllabaire ; ce qui ne signifie pas qu’elle n’exista pas. Les dirigeants eurent leur content de massages et de bains. Quelques rares expressions, liées à la relation, compensent les listes d’outils (agricoles et d’entrave ou de torture) ou d’impôts à verser (céréales, vins, huiles, laits, viande) :

NAM-KU-LI amitié

IGI-ZI regard bienveillant

NIG-SA6-GA plaisir, joie

ŠÈD être ensemble

Un homophone Sed désigna être tranquille, être au calme ;

Un autre Sed qui désignaeau froide, fraiche peut être rapproché de la structure moléculaire de l’eau de charpente – liaison H forte – qui permet la résistance du milieu pour une eau stable et isolante. Quoi de mieux quand on souhaite « être tranquille » que l’isolement, la stabilité et une certaine résistance au milieu (c’est-à-dire à l’extérieur) ?

 

ZÍL être affectueux ; caresser

UR5-SA6 rendre heureux

 

Concernant les morts, le prolongement d’une santé apparente fut envisagé pour les couronnés et les divinisés au cours de plusieurs époques. Momifiés, ils connurent une conservation millénaire grâce au natron qui « valide » l’existence physique du corps par-delà le temps ; et autres douceurs minérales ou végétales. Les mortels communs furent regroupés dans des hypogées, charniers ou furent incinérés.

 

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© Catherine Breant